IMPACT DE LA MALADIE CHRONIQUE SUR LA VIE PSYCHIQUE DU SUJET JEUNE

Soumis par le 25 mars 2016

La jeunesse est un espace d’expérience et de projet pour soi. La maladie aiguë survient sur un terrain où ce qui advient n’était pas attendu. La maladie chronique nécessite une succession d’ajustements dans la durée.

La maladie chronique s’oppose à la maladie aiguë ; le sujet doit redéfinir ses représentations de lui-même et de son projet de vie : c’est une modification qualitative permanente.

Pour le soignant, la chronicité des troubles peut le rendre moins attentif à l’anecdotique du patient et davantage à la perception générale de la trajectoire naturelle de la maladie qu’il cherche à améliorer. Pour le patient, un apprivoisement de la quiescence (espoir de stabilisation) est son but : lorsqu’il consulte, il évoque les manifestations aiguës et espère une rapide réversibilité de ces phénomènes nouveaux vers son état antérieur qu’il avait déjà dû constater.

Cette différence de perception résulte de la duplicité du "symptôme" : il est autant un phénomène observé par le soignant qu’une expérience singulière pour le patient qui doit accepter cette modification de lui-même dont la durée est imprévisible et peut constituer une nouvelle étape d’aggravation de sa maladie.

L’expérience singulière du patient est une subjectivité à l’oeuvre : son opinion, sur ce qui lui arrive est très variable. La conscience "percevante" (celle ressentie par le patient) n’est pas une perception pure et n’est pas un récepteur passif de sensations. Entre elle et les choses réelles survenues existe un "inter-monde", celui de la culture et des symboles comme l’image d’une personne épargnée de tout handicap. Le langage est le tissu de la relation à l’autre mais il s’inscrit dans le rapport de la conscience au monde. Toute expérience humaine a donc une dimension historique. "L’inter-monde" entre la conscience et les choses est d’abord le langage par lequel le malade peut exprimer son appréciation de ce qui lui arrive et la façon dont il perçoit son changement.

Le dialogue avec son corps est un socle de la construction identitaire mais la difficulté dans une maladie chronique comme la SEP est la négligence qui peut frapper le patient ou "alexithymie", particulière à l’atteinte du lobe frontal ou des connexions sous-cortico-frontales.

Conférence du Dr Ph. NUSS du 6 février 2016